Au temps de Camille Claudel, être sculptrice à Paris
Exposition temporaire
Depuis sa redécouverte dans les années 1980, Camille Claudel a inspiré de grandes expositions monographiques. Sa renommée est aujourd’hui telle qu’elle pourrait laisser croire, à tort, qu’elle était la seule femme sculpteur de son époque. Pourtant, autour de 1900, bien d'autres ont suivi le même chemin qu’elle et, malgré les obstacles liés à leur condition de femme, se sont illustrées dans le domaine de la sculpture.
À l’automne 2025, ces sculptrices de premier plan sortent de l’ombre ! Une exposition coproduite par le musée Camille Claudel, le musée des Beaux-arts de Tours et le musée de Pont-Aven réunit les créations d’une vingtaine d’entre elles : Charlotte Besnard, Marie Cazin, Madeleine Jouvray, mais aussi Jessie Lipscomb, Agnès de Frumerie ou encore Anna Bass, Jane Poupelet et bien d’autres. Françaises ou étrangères, souvent filles ou épouses d’artistes, elles ont été les camarades d’atelier, les amies, ou parfois les rivales de Camille Claudel. Certaines l’ont précédée, d’autres lui ont succédé.
À quelles formations artistiques les femmes avaient-elles accès en ce tournant du XXe siècle ? Quelles stratégies les sculptrices ont-elles déployées pour se faire une place dans ce milieu dominé par les hommes ? Quelles relations Camille Claudel a-t-elle entretenues avec ses contemporaines ? Et quels rôles occupaient ces artistes au sein de l’atelier d’Auguste Rodin ? Autant de questions éclairées par l’exposition.

Cette exposition, proposée en partenariat avec le musée des Beaux-arts de Tours et le musée de Pont-Aven, a reçu le label « Exposition d'intérêt national » du ministère de la Culture
Informations pratiques
Lieu : Horaires & Tarifs :Horaires
Du 13 septembre au 31 octobre
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
Du 2 novembre au 4 janvier
Du mercredi au dimanche de 10h à 17h
Tarif
Plein tarif : 10 €
Tarif réduit (titulaires de la carte famille nombreuse, seniors + de 60 ans) : 6 €
Gratuité : étudiants et jeunes de moins de 26 ans, personnel scientifique des musées, titulaires du Pass Education, d'une carte ICOM, de presse, ou du ministère de la Culture, demandeurs d’emploi, bénéficiaires du RSA ou du minimum vieillesse, mutilés de guerre, visiteurs en situation de handicap et le 1er dimanche du mois pour les individuels,
L'Abandon
L'Abandon
Fonte Eugène Blot n°2, 1905
Cette sculpture en bronze est un petit modèle édité en 1905 par le fondeur et collectionneur Eugène Blot d’après un groupe réalisé par Camille Claudel entre 1886 et 1888, alors qu’elle travaillait dans l’atelier d’Auguste Rodin. Cette version a été légèrement revue par rapport au plâtre plus grand que nature qui fut exposé en 1888 au Salon des artistes français sous le titre Sakountala et qui obtint une mention honorable. L’homme est agenouillé, il soutient la jeune femme qui est debout. Celle-ci replie son bras droit pour cacher son sein, s’appuie sur sa jambe gauche. Le reste du corps se relâche, la femme s’abandonne entièrement dans les bras de l’homme. Les visages sont proches, il semble murmurer à son oreille ou prêt à lui donner un baiser. La source première, comme l’indique le titre du plâtre, est un drame écrit au IVe ou Ve siècle par le poète hindou Kalidasa : lors d’une partie de chasse, le roi Douchmanta rencontre la jeune Sakountala. Tous deux tombent immédiatement amoureux mais le roi doit quitter la jeune femme. En gage de son amour, il lui offre un anneau pour lui permettre de se faire reconnaître. Toutefois, victimes d’une vengeance, Sakountala se fait dérober l’alliance et Douchmanta oublie sa fiancée. Il finit par recouvrer la mémoire grâce à un pêcheur qui lui rapporte la bague trouvée dans le ventre d’un poisson. Un doute subsiste sur l’épisode qui a inspiré Camille Claudel. L’artiste a peut-être représenté la rencontre entre les deux amoureux. Il est aussi possible de voir dans cette sculpture le moment des retrouvailles alors que l’amant implore le pardon de Sakountala. Quoi qu’il en soit, cette sculpture dépasse la transcription d’un moment d’une histoire. L’Abandon : le titre de l’édition en bronze, est désormais allégorique, montrant l’importance accordée à la posture de l’amante confiante, qui s’abandonne dans les bras de l’être aimé. Camille Claudel interroge le lien amoureux, ses nuances et ses subtilités. L’enlacement du couple dévoile la ferveur amoureuse. Dans L’Abandon, les corps s’effleurent à peine, soulignant la délicatesse des sentiments.
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Les Ondines ou Les Nymphes de la Seine
Les Ondines ou Les Nymphes de la Seine
Cette colonne était l’un des éléments constituant l’immense fontaine en grès érigée cours La Reine par la manufacture de Sèvres à l’occasion de l’exposition universelle de 1900. Avec cette construction monumentale, la manufacture entendait démontrer son savoir-faire et impressionner les visiteurs. Trois nymphes ou ondines, divinités ou génies peuplant la Seine, forment une ronde autour de la colonne. Leur position dos à dos ainsi que la souplesse des drapés évoquent Les Trois Grâces de Germain Pilon, monument conservé au musée du Louvre dont Boucher possédait un dessin dans sa collection personnelle. Le traitement du grès en dégradés de bleus et de verts et le mouvement des drapés très fluides évoquent l’écoulement de l’eau associé au cours du fleuve.
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La Valse
La Valse
Emile Muller no14
La Valse est certainement l’œuvre la plus célèbre de Camille Claudel. Conçue entre 1889 et 1893, elle correspond aussi à une période d’intense production et de relation passionnée de l’artiste avec Auguste Rodin.
Claudel sollicite l’Etat en 1892 pour une commande en marbre, mais l’inspecteur des Beaux-Arts refuse la première version dont les danseurs sont complètement nus. Pour répondre à ses attentes, l’artiste transforme l’œuvre en ajoutant des draperies, mais la traduction en marbre n'aboutit pas.
Elle reprend alors le groupe et en propose une troisième version, avec moins de draperies, de plus petites dimensions, et éditée en plusieurs matériaux. Ce sont des exemplaires de cette troisième version qui sont présentés au musée Camille Claudel. Parmi ces éditions, un seul exemplaire en grès flammé est actuellement localisé.
Au XIXe siècle, la valse est la danse de couple par excellence et les bals gagnent toute la société. Mais Claudel ne s’attache pas à raconter l’anecdote ou un phénomène de mode. La nudité partielle des danseurs les met hors de toute temporalité et les tire vers l’universel. En ce sens, l’artiste s’inscrit ici dans le courant symboliste. Le tournoiement des valseurs, l’étreinte du couple traduisent l’idée de la danse avec sensualité. La diagonale des corps souligne le déséquilibre, et la jupe amplifie le mouvement en spirale des figures. De cette manière, le pas suivant est déjà suggéré : l’artiste montre ainsi la rapidité de la valse, entrainant le couple dans un tourbillon qui semble ne jamais s’arrêter. Camille Claudel obtient avec La Valse la reconnaissance de nombre de ses contemporains : « Un haut et large esprit a seul pu concevoir cette matérialisation de l’invisible », écrit Léon Daudet.
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Loïe Fuller dansant dans salomé
Loïe Fuller dansant dans salomé
Don de Louis Massignon et de sa sœur en souvenir de leur mère, 1931
Loïe Fuller était une danseuse américaine qui s’est produite à Paris dès 1892. Elle a renouvelé les arts de la scène par son utilisation de jeux de lumières et de voiles déployés dans l’espace grâce à deux baguettes qui prolongeaient ses bras. Proche du mouvement Art nouveau, la danseuse trouvait son inspiration dans la nature, ses mouvements et ses ondoiements.
Ses recherches de formes et volumes dans l’espace, les effets de couleurs, ont inspiré les peintres et les sculpteurs de son époque. Loïe Fuller dansant dans Salomé de Pierre Roche en témoigne. Le voile y envahit tout l’espace, s’approche de la danseuse, telle une vague. Le personnage, effrayé, recule son buste, s’éloignant ainsi du voile. Il est possible d’entrevoir ce qui semble tant épouvanter la jeune femme : Pierre Roche joue de l’informe de ce voile pour faire apparaître une tête que seul l’observateur attentif peut admirer.
Salomé est un épisode biblique des évangiles raconté par Marc et Matthieu. Hérode épouse Hérodiade, ancienne femme de son demi-frère Philippe. Jean le Baptiste réprouve ce mariage, provoquant alors la colère d’Hérodiade. Ainsi, lorsque sa fille Salomé danse devant le roi émerveillé qui lui promet alors tout ce qu’elle souhaite, Hérodiade pousse sa fille à demander la tête de Jean le Baptiste. Bien que contrarié, Hérode obtempère.
Cet épisode a largement séduit musiciens, écrivains, poètes de la fin du XIXe siècle et début XXe siècle, notamment pour son aspect orientaliste. Loïe Fuller a elle-même proposé deux spectacles différents de Salomé, en 1895 puis en 1907. C’est la tragédie de 1895, inspirée de la pièce d’Oscar Wilde qui est évoquée par Pierre Roche. Aux effets de lumière et de voile, le sculpteur répond par l’évanescence d’un visage dans le drapé, que l’on devine être celui de Jean le Baptiste.
Voir aussi dans les collections :
Histoires invisibles
Performance dansée
avec la compagnie La Poétique des signes
Un solo de danse d'Alice Lada, ponctué d'interventions du chorégraphe Raphaël Cottin, et nourri par les gestes des sculptures de Camille Claudel et de ses contemporaines.
Informations pratiques
Lieu : Horaires & Tarifs :
Durée : 45 minutes
Gratuit, dans la limite des places disponibles
Renseignements :
03 25 24 76 34
Atelier de création sonore Bruitages
avec l'artiste Anne-Line Drocourt
À partir d'objets de la vie quotidienne (essoreuse, gobelet...), vous donnez une "vie sonore" aux sculptures : avec quoi faire cavaler le cheval de la Jeanne d'Arc de Paul Dubois ? Et si le grand Docteur Ollier s'animait... quel vacarme ferait-il ? Cet atelier vous propose d'imaginer une narration sonore autour des œuvres, et de la bruiter à plusieurs mains.
Alfred Boucher, Monument au docteur Louis Léopold Ollier, avant 1904, plâtre © Marco Illuminati
Informations pratiques
Lieu : Horaires & Tarifs :Tout en mouvement - séance de Munz floor®
avec Virginie Mercier, professeure de danse
Et si les sculptures vous mettaient en mouvement ? Guidé par la pratique innovante et douce du Munz floor®, à la croisée du soin et de la danse, votre corps se déploie lentement, votre colonne ondule : les tensions se relâchent, la mobilité s’améliore, et une profonde sensation de bien-être s’installe. Un dialogue s'installe entre le mouvement des formes sculptées et celui de votre propre corps, dans une expérience sensorielle accessible à tous.
Proposée pour la première fois dans la région, cette séance découverte offre une rencontre inédite entre art, mouvement et perception corporelle.
Tous niveaux, y compris débutants. Venez habillés confortablement et chaudement, apportez un pull et un tapis.
Pour en savoir plus sur la pratique du Munz floor® : https://www.atelier-danse-en-chantier.com/munz-floor
Informations pratiques
Lieu : Horaires & Tarifs :Héroïnes : les femmes dans la mythologie
Hors-d’œuvre
Un jeudi par mois, profitez de votre pause déjeuner pour découvrir en vingt minutes une œuvre, un artiste ou une thématique avec un médiateur du musée. Puis, rendez-vous à l'auditorium pour un déjeuner partagé !
Une Ariane triomphante, une Hélène de Troie séductrice, une Méduse recroquevillée… Comment les sculpteurs représentent-ils les grandes figures féminines des récits mythologiques ?
Informations pratiques
Lieu : Horaires & Tarifs :L’amour
Hors-d’œuvre
Un jeudi par mois, profitez de votre pause déjeuner pour découvrir en vingt minutes une œuvre, un artiste ou une thématique avec un médiateur du musée. Puis, rendez-vous à l'auditorium pour un déjeuner partagé !
Qu’il soit explicite ou suggéré, l’amour est un thème cher aux artistes. À l’approche de la Saint-Valentin, laissez-vous émouvoir par quelques œuvres choisies, dont la plus célèbre œuvre de Camille Claudel : La Valse.



